Le délit d'abus de faiblesse existe si trois éléments sont réunis : vulnérabilité de la victime, abus commis par l'auteur des faits et préjudice subi par la victime. 

L'enfant est vulnérable, car entièrement dépendant du ou des adultes qui l'encadrent. Ces adultes sont conscients de leur supériorité physique et psychologique. Par ailleurs, la ou les personnes qui soustraient cet enfant à l'attention et l'affection d'un parent convenable connaissent implicitement les conséquences préjudiciables potentielles de cette exclusion, ayant autant la faculté de se mettre à la place de leurs enfants que du parent écarté.

„ Les plus jeunes qui devraient être à l’abri de toute influence négative, au moins au sein du foyer familial, sont parfois manipulés par ceux-là mêmes censés les protéger. Il arrive en effet que, dans un contexte de séparation conflictuelle, un père ou une mère manipule inconsciemment un enfant pour l’amener à rejeter l’autre parent. “
- Marie-France Hirigoyen -

Si l'on considère que les trois critères qui caractérisent l'abus de faiblesse sont clairement présents dans l'aliénation parentale, il est surprenant de constater à quel point ce délit est peu sanctionné.

Les raisons qui expliquent l’impunité si fréquente entourant l'invalidation forcée d'une figure parentale, de la part d'un parent vindicatif, sont autant d'ordre matériel que psychologique.

Dans les faits, il est souvent impossible de démontrer la manipulation, la volonté de nuire et les conséquences néfastes qu’elles engendrent. Au niveau psychologique, prévalent les idées que la proximité de l'enfant avec un de ses géniteurs, en particulier lorsqu’il s'agit de sa mère, ne peut pas lui être préjudiciable. En l'absence de violence physique, le statut de victime de l'enfant n'est formulé que très rarement. La manipulation mentale et le chantage affectif sont d'autant moins punissables que leurs conséquences ne sont pas immédiatement perceptibles. Lorsque l'on se penche rétrospectivement sur une relation qui a mal tourné, il est certes plus facile d'en déceler les côtés pathologiques et d'évaluer la responsabilité de chacun. Cependant, ce même principe doit être adopté avec une infinie précaution, afin d’évaluer la responsabilité parentale d'un adulte problématique. Tous les parents ne sont bien évidemment pas responsables des échecs futurs de leurs enfants. De nombreux facteurs sociaux concourent à forger le destin de chacun.

Et, puis, sur quels critères devons-nous nous baser pour déterminer ce qui est convenable et ce qui entre dans le cadre de la normalité ?
Est-il, par exemple, un signe de bonne santé d'être parfaitement intégré dans une réalité foncièrement problématique ?

Tout ramener aux conflits de l'enfance et aux prétendus abus qu'ils ont générés est souvent un raccourci commode pour ne pas devoir ouvrir les yeux sur la réalité présente. Mais, le présent est aussi le rappel du passé, dans le sens où les attitudes que nous adoptons sont dans de nombreux cas la répétition de celles que nous avons apprises. Or, dans le cas de l'aliénation, il ne fait aucun doute que le caractère d'un enfant, soumis à l'influence pernicieuse d'un parent qui le force à s'aligner avec lui, se forme précocement. En fonction de ce type de prise de position, cet enfant apprend à se déterminer sans la connaissance nécessaire pour se prononcer. Si cette manière de procéder devient une habitude récurrente, elle va certainement influencer sa manière de voir le monde. Cela ne signifie pas pour autant que cette façon péremptoire de juger les autres lui soit préjudiciable. Bien au contraire, cet enfant apprend très tôt à prendre des décisions et à agir, en fonction, certes, d'un ressenti subjectif, mais cela importe peu quand l’objectif poursuivi lui octroie des avantages immédiatement perceptibles, qui passent alors au premier plan. L'intérêt de cet enfant n'est pas de s'attarder sur les contradictions de la situation, mais de les résoudre d'une manière drastique afin qu’elles ne créent pas de tensions insupportables.

L'abus de faiblesse s'est ainsi paradoxalement transformé en une force, puisque le jugement de l'enfant s'est affermi, comme sa capacité d'agir. Peut-être que certains considéreront que cet enfant s'est endurci avant l'âge ; qu'il est devenu cynique et insensible.
Néanmoins, n'est-ce pas aussi la preuve de sa résilience que d'avoir surmonté à son avantage une épreuve et de s'être finalement si bien inséré dans la société ? Probablement encore mieux qu'un enfant au parcours lisse, entouré de deux parents l'ayant éduqué avec tempérance et empathie.
Oui, mais alors pourquoi certains enfants aliénés réalisent soudain, une fois devenus adultes, et parfois des décennies après les faits, d'avoir été manipulés ?

Il arrive un moment où la vision du monde inculquée à l'enfant ne tient plus. De multiples contradictions se sont produites, générant à leur tour des conflits, dont la gestion erronée a occasionnellement des conséquences funestes. L'adulte, aliéné dans son enfance, ne peut pas prétendre retomber toujours sur ses pattes, en adoptant les mêmes attitudes stéréotypées et en recourant aux mêmes échappatoires. Par un renversement de situation voulu, il est possible qu'il ait lui-même choisi d'abuser les plus faibles et que l'emprise qu'il exerce sur ses victimes soit suffisante pour le contenter.

Toutefois, cette satisfaction n'est pas éternelle. Il se trouve, tôt ou tard, confronté à des obstacles majeurs, impossibles à contourner ou à éliminer sans une remise en question. Cet arrêt forcé dans sa fuite en avant l'amène, donc naturellement, à s'interroger et à réévaluer la portée de son comportement. C’est pourquoi l’aliénation n’est jamais un état définitif et qu’il demeure toujours un espoir de changement, même dans les cas les plus graves.