Quand on demande à quelqu'un d'expliquer pourquoi il pense qu'une information est vraie ou pourquoi il pense qu’un événement se passe de telle ou telle manière, cela l'incite à fournir de simples opinions plutôt que de développer un raisonnement fondé sur   des arguments valides. Alors que lorsqu’on lui demande d’expliquer comment il sait qu'une information est authentique ou comment un événement s'est produit, cela le motive à réaliser un objectif certes plus difficile, mais bien plus gratifiant pour la recherche de la vérité, qui est celui de fournir des preuves étayées.

„ When people are asked to explain how they know something is true or how something works, it tends to elicit the relatively challenging goal of providing evidence and proof. “
- John V. Petrocelli -

Le problème d’un parent mis injustement sur la touche se résume bien souvent à la situation d’être submergé par des émotions contrastantes et des interrogations abyssales auxquelles il ne parvient pas à trouver de réponse convenable. Cet état peut indéfiniment durer si ce parent ne change pas sa manière de penser.
Avant de considérer la démarche juste qu’il doit effectuer pour se sortir de l’impasse, penchons-nous sur les réactions usuelles d’une personne confrontée à un événement, parfois brutal, comme peut l’être un rejet de la part d’un partenaire ou d’un membre de sa famille.
Il ne fait aucun doute que cette personne qui n’a, a priori, rien de grave à se reprocher va se demander pourquoi une telle chose lui arrive. Cette interrogation sera d’autant lancinante que son sentiment d’injustice est prononcé. En s’efforçant de répondre à ce pourquoi cette personne part d’un état de fait ressenti comme un châtiment, en négligeant complètement comment le processus de rejet s’est mis en place.
Se refusant d’admettre que d’autres facteurs puissent entrer en jeu, elle demeure fixée sur ses émotions. L’inexplicable ne se justifie pas à ses yeux et un peu d’empathie à son égard nous permet de comprendre que ses réactions erratiques après un tel choc sont finalement très analogues aux nôtres si nous étions à sa place.

Un état de confusion est souvent le résultat d’un traumatisme imprévu, même quand celui-ci ne produit aucune blessure physique. Dans une situation d’exclusion parentale, l’attitude première du parent qui en est victime est fréquemment déterminante dans l’issue de ce genre de conflit. Bien entendu,   aucun parent respectable n’est préparé à un tel traitement. Bien que l’état de choc initial soit parfaitement normal, ce parent a tout intérêt à vite retrouver ses esprits et à s’affranchir du pourquoi qui le ronge au profit d'un comment salvateur.

Il doit impérativement s'apercevoir que l’unique manière de remédier à son exclusion est d’abord de la considérer comme une action aboutie et d’analyser en toute objectivité comment elle a pu survenir et comment il doit désormais se comporter pour jouer encore un rôle positif dans la nouvelle interaction qui s’est créée.

Essayer de comprendre comment la cassure et le rejet sont intervenus relègue la notion de faute au second plan et atténue aussi bien le sentiment de culpabilité que le désir de revanche. L’autre parent ne se transforme alors plus en ennemi à abattre ou en conjoint à récupérer.  Toutes les fausses idées faites à son sujet sont réexaminées avec le souci de garder son objectivité. La même démarche doit être entreprise par ce parent à son propre sujet. Encore une fois, il ne s’agit pas de se blâmer ou d’essayer de se disculper, mais de voir comment les évènements se sont déroulés et surtout comment les choses peuvent s’améliorer.
En effectuant cette sage autocritique, le parent rejeté montre une capacité à changer sans laquelle aucun espoir ne peut être entretenu.  En effet, quoi qu'il dise, c'est bien une certaine forme d’ignorance teintée d’idées reçues et de stéréotypes qui ont conduit à la situation actuelle. Comprendre le comment, le documenter éventuellement, représente la meilleure assurance de prévoyance pour l’avenir.
Bien entendu, nous pouvons aisément concevoir une situation dans laquelle l’autre parent n’a cure des efforts louables entrepris par son ex-conjoint et qu’il va de son côté s’en tenir à ses explications, et ceci notamment avec l’enfant sous son influence.   Néanmoins, la configuration n’est plus la même et tôt ou tard, le parent excluant devra bien tenir compte de la nouvelle réalité, si ce n’est par le fait que les réactions du parent rejeté ne sont plus irréfléchies comme avant.

Les effets bénéfiques du comment sont donc multiples et nous ne pouvons qu’encourager les parents exclus à induire le plus tôt possible ce changement de paradigme.  Faut-il alors en conclure que les parents qui restent fixés sur leur désir de comprendre leur sort en agitant des pourquoi sont irrémédiablement condamnés à demeurer dans la confusion ?
Les aléas de la vie font que ces parents auront d’autres opportunités de se poser les bonnes questions et de réagir en conséquence. Force est de constater toutefois que si une intransigeance et un manque de souplesse réciproque conduisent à des résultats catastrophiques dans ces questions de post divorce où des enfants sont impliqués, il suffit qu’un seul parent manifeste une telle attitude pour que les enfants en subissent les conséquences. Cependant, assurément, celui qui s’abstient d’apporter de l’eau au moulin de l’autre et qui conserve une attitude conciliante aura tout lieu de mieux surmonter ces épreuves et de représenter un modèle acceptable pour ses enfants, même s'il ne peut pas intervenir quotidiennement dans leur vie.
Finalement, constater l’entreprise stérile que constitue celle qui consiste à vouloir à tout prix comprendre quelque chose en se demandant continuellement pourquoi a également le mérite de conduire à réaliser à quel point il est tout aussi crucial désormais de se désolidariser d’un problème qui n’est plus le nôtre.  Le mérite du comment sur le pourquoi se situe bien dans cette capacité de cerner un problème, de le disséquer de façon exhaustive afin qu’aucune de ses incidences ne soit négligée tout en écartant les hypothèses boiteuses.
Si cette tâche est effectuée avec toute l’honnêteté intellectuelle requise, quels reproches pourraient être encore adressés à ce parent ? À l’impossible, nul n’est tenu et l’on ne pourrait pas certes tenir pour responsable d’alimenter un conflit un individu qui a décidé en toute connaissance de cause de n’en faire plus partie. Remis dans le contexte de l’exclusion parentale, c'est bien un comportement honorable que celui qu'adopte un parent rejeté qui, malgré ses efforts répétés afin d’avoir un rapport décent avec ses enfants, ne jette pas l’éponge, mais attend des jours meilleurs en se consacrant à ce qui compte vraiment, c'est-à-dire à comment réussir sa propre vie.